« Just embrace it all
The loneliness, the danger,

Say yes

To the edge

To the flame »

Caroline Corbasson

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Dilecta, Caroline Corbasson nous invite dans l’intimité de son processus créatif, à la croisée des médiums qu’elle investit. En écho au recueil de poèmes Something Moves, publié en septembre aux Éditions Dilecta et coédité avec Lee Ufan Arles, le corpus d’œuvres présentées, composé de peintures, dessins et photographies, est mis en dialogue avec des archives, documents et ouvrages qui peuplent le quotidien d’atelier de l’artiste. L’exposition propose ainsi une vision immersive et sensible de l’univers de Caroline Corbasson.

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

Intitulée « Vers le feu », cette exposition nous invite à une autre lecture des nouvelles séries de peintures « Wind » et « Poem Paintings » – dévoilées pour la première fois dans l’actuelle exposition personnelle de l’artiste à Lee Ufan Arles –, en les mettant en dialogue avec une sélection d’œuvres antérieures, telles que « Racine » et « Heat », ainsi qu’avec un ensemble de dessins inédits à la pierre noire.

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

Loin de vouloir dépeindre une vision catastrophiste du monde, comme pourrait le suggérer de prime abord le titre de l’exposition, Caroline Corbasson s’intéresse, comme souvent dans sa pratique, à la fascinante ambivalence et à la puissance quasi mystique des éléments ; cette fois-ci le feu. Comme le vent – précédent sujet abordé par l’artiste –, il est porteur autant de création que de destruction. Le feu, principe fondamental constitutif de la nature, est aussi foyer, un terreau fertile pour l’imagination – une métaphore de l’atelier selon l’artiste, cette « promesse simultanée d’une chute et d’une main tendue, d’une brûlure et d’un cataplasme (1)».

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

« Frère-feu », nous dit-elle dans un autre de ses poèmes, « le vent souffle où il veut, écoute le bleu de la flamme. » Dans cette invitation à la contemplation synesthésique, le vent et le feu, toujours entremêlés, rejoignent la couleur. Le bleu de la flamme, partie la plus brûlante, dont la combustion est la plus élevée, s’incarne chez Caroline Corbasson dans un bleu outremer qui habite l’ensemble de l’exposition. Teinte profonde tirant vers le violet, il se fait toile de fond, dans la série des « Poem Paintings », duquel surgissent les poèmes, comme autant de méditations intimes offertes au monde par l’artiste. Tandis que dans le tableau Wind, proposition la plus récente de la série éponyme ouvrant l’exposition, Caroline Corbasson vient brosser à l’huile, sur la base à l’encre outremer, le souffle abstrait du vent. Celui-ci même qui attise la flamme. N’existe-t-elle pas à travers lui ? Ne sommes-nous pas forcés, pour maintenir le feu éveillé, de lui insuffler un peu de notre souffle ?

« Rafales, spirales, jamais sans vous ». Ou lorsque le souffle vital se fait ouragan. L’orage gronde, il déchire le ciel – comme l’artiste griffe la matière – et il se nomme « Racine ». Celle sans qui rien n’est possible et qui incarne la genèse de la vie et les fondements du langage. Le point de départ éphémère et mouvant du feu créateur qui anime l’artiste.

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

À l’origine, le feu ne vient-il pas du ciel ? Et les étoiles – qui fascinent l’artiste depuis tant d’années – ne s’embrasent-elles pas ? C’est bien cette « brûlure » qui laisse son empreinte sur le papier photosensible dans la série de photographies « Heat » – réalisée en collaboration avec Andrea Montano. Se référant à la théorie d’astronomie selon laquelle la teinte d’une étoile et sa température seraient directement liées, les corps les plus chauds étant bleus dans l’espace, cette série opère une inversion dans notre perception habituelle des couleurs. De l’âtre, foyer de la création, la flamme bleue nous amène parmi les étoiles dans cette exposition aux allures de cosmogénèse, dont les sources d’inspiration sont par ailleurs présentées au sein d’une bibliothèque. On peut citer, sans être exhaustif : Etel Adnan, T.S. Eliot, Gaston Bachelard, Margaret Atwood, David Lynch, Adrienne Rich ou Maggie Nelson.

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

Une bibliothèque, un fauteuil et un feu, celui qui « fut sans doute pour l’homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos, l’invitation au repos (2) ». C’est ce feu enfin, apaisant, que l’artiste portraiture à la pierre noire. Ne sommes-nous pas tous hypnotisés par la danse des flammes ? N’est-ce pas ce répit que nous recherchons ? L’expérience concrète d’une forme d’insaisissable car « par son sacrifice dans le cœur de la flamme, l’éphémère nous donne une leçon d’éternité (3) ».

Elsa Paradol et Chris Marie Tyan

Vue de l'exposition. © Caroline Corbasson, courtesy Dilecta. Photo : Nicolas Brasseur

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1. Sauf mention contraire, toutes les citations sont extraites de : Caroline Corbasson, Something Moves, Paris / Arles, éditions Dilecta / Lee Ufan Arles.

2. Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », p. 36.

3. Idem, p. 41

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