Détail d'un autre jour

Détail d'un autre jour

TTC

Détail d'un autre jour, 2025

Huile sur toile

50 x 40 cm

 

"si entrer était possible

on pourrait peut-être sortir"

Silvia Baron Supervielle, En marge, Paris, Editions Points, 2020 

Bien sûr, la mise au carreau participe de la perspective. La peinture de Mathilde Lestiboudois donne l’impression d’une profondeur mais elle n’est pas strictement un trompe-l’œil. Le décor qu’elle représente ne tient pas. Les arches, par endroit comme coupées, défient la gravité par la magie de l’image, une représentation statique d’un espace avant tout mental. Le vocabulaire mis au point par la peintre depuis plusieurs années a quelque chose de radical avec ses drapés, ses arches et colonnes, ses chaises et ses bassins. En s’appuyant sur des archétypes, au sens psychanalytique du terme, elle suggère des corps sans avoir besoin de les montrer, des espaces sans besoin de les clôturer, du jeu enfin. Il y a un travail du signe, du symbole que l’on retrouve chez des surréalistes comme Kay Sage, Helen Lundeberg ou encore, dans un rapport plus langagier, Magritte. La présence de l’eau, la suggestion de l’air ancrent toute lecture dans un rapport au rêve ; traverser un porche devient comme un rituel de passage, au travers de l’immersion dans un bassin d’une quelconque purification.

Le travail très lisse de la touche, la façon dont l’artiste cherche à cacher ses gestes dans les dégradés et se reporte à une géométrie scrupuleuse favorisent la projection. Les toiles organisent une frontalité propre au théâtre. On pourrait penser devant certaines compositions en grisaille sur calque à la rigueur des maquettes et dessins du metteur en scène Adolphe Appia. La position des objets suffit à établir une dramaturgie et la différence de traitements des textures crée différents plans et étage les rapports entre réel et virtuel. Tout est question de seuils dans la peinture de Mathilde Lestiboudois. Le travail d’installation qu’elle développe en lien avec ses peintures, qui les prolonge dans l’espace d’exposition, traduit physiquement cette préoccupation. La forme des toiles, la composition en panneaux de différents formats découpent le mur et ce qu’on pourrait voir au travers. Une fine arche métallique recrée un espace dans l’espace à la manière d’une silhouette, d’une ombre, comme un trouble ou un doute.

De plus en plus, l’artiste parle de glitch, de ces sauts dans l’image propre au temps de l’écran, aux durées de chargement et aux erreurs de calcul. La conscience d’un monde numérique hante ses peintures comme un souvenir caché. N’y-a-t-il pas dans la façon dont on se représente les lieux un rapport à l’organisation de la mémoire ? Le chercheur Donatien Aubert a développé la thèse selon laquelle les ars memoriae se prolongeraient dans le cyberespace. La peinture par son histoire même est un espace de circulation et, couche après couche, elle organise des résurgences. Les espaces de Mathilde Lestiboudois ne sont pas sans rapport avec les espaces liminaux dont la représentation se multiplie au cinéma, sur internet, dans la culture des forums. Il s’agit, dans la plupart des cas, de discussions sur la meilleure manière de trouver la sortie ; il peut s’agir aussi, dans d’autres perspectives, de trouver l’entrée.

Texte de Henri Guette

Dimensions
50 x 40 cm
Encadrement
Non
Année
2025
Authenticité
Certificat
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